Le robot humanoïde Atlas franchit une étape décisive. Boston Dynamics et Google DeepMind unissent leurs forces pour transformer l’intelligence artificielle incarnée en réalité industrielle tangible.
De l’exploit technique à la production de masse
Boston Dynamics abandonne progressivement son image de laboratoire spectaculaire. Marc Theermann, chief strategy officer, qualifie l’entreprise de « start-up d’une trentaine d’années« . Fondée en 1992, elle compte désormais plus de 1 000 employés, quadruplant ses effectifs en cinq ans. Détenue à 80% par Hyundai et 20% par SoftBank, elle opère un virage stratégique majeur vers la commercialisation.
Le robot quadrupède Spot a ouvert la voie il y a cinq ans. Chevron, Nestlé Purina, Lidl et Gap figurent parmi les clients conquis. Deux applications dominent : la téléopération dans les environnements extrêmes et l’inspection autonome pour la collecte de données industrielles.
Le robot humanoïde Atlas représente aujourd’hui l’aboutissement de cette trajectoire. Présenté lors du CES 2026 à Las Vegas, le modèle présenté mesure 1,88 mètre de haut, dispose d’une portée de 2,28 mètres et soulève jusqu’à 50 kilogrammes. Ses 56 degrés de liberté, ses articulations entièrement rotatives et sa certification IP67 lui permettent d’opérer entre -20°C et 40°C.
L’intelligence artificielle au cœur de la stratégie

Google DeepMind apporte ses modèles Gemini Robotics à Atlas. Carolina Parada, directrice senior de la robotique, explique que ces modèles permettent aux robots de percevoir, raisonner et interagir avec les humains. Alberto Rodriguez, directeur du comportement robotique chez Boston Dynamics, confirme que cette collaboration vise à établir de nouveaux modèles vision-langage-action.
Le partenariat démarre dans les prochains mois. Les recherches conjointes se dérouleront dans les installations des deux entreprises. Aaron Saunders, ancien directeur technique de Boston Dynamics pendant près de vingt ans, a rejoint Google DeepMind en novembre 2025 comme vice-président de l’ingénierie hardware robotique.
Robert Playter, PDG de Boston Dynamics, souligne que l’automatisation des tâches complexes nécessite l’intelligence artificielle. Les tâches industrielles varient considérablement, rendant la programmation traditionnelle obsolète. La téléopération, l’apprentissage par imitation et la simulation remplacent désormais le codage manuel.
Hyundai mise sur une production industrielle ambitieuse
Hyundai Motor Group lance le Robot Metaplant Application Center (RMAC) en 2026. Cette installation servira d’environnement d’entraînement contrôlé, alimenté par les données collectées dans les usines du groupe. Wong Jae Lee affirme qu’aucune entreprise ne dispose d’autant de données réelles que Hyundai.
Le constructeur sud-coréen déploiera Atlas dans son usine de Géorgie dès 2028. Les robots assureront initialement le séquencement de pièces avant d’étendre leurs applications. L’objectif : 30 000 unités produites annuellement d’ici 2028. L’assemblage complexe de composants est prévu pour 2030.
Tous les robots Atlas de 2026 sont déjà réservés au RMAC et à Google DeepMind. Les clients additionnels recevront leurs unités à partir de 2027. Zack Jackowski, responsable général d’Atlas, précise que chaque composant a été conçu pour s’intégrer aux chaînes d’approvisionnement automobiles. Les membres du robot se remplacent en moins de cinq minutes sur le terrain.
Boston Dynamics a déployé plus de 500 robots en 2025, générant environ 130 millions de dollars de revenus avec Spot et le système Stretch. Playter estime que l’expérience acquise avec les quadrupèdes offre des leçons précieuses pour les humanoïdes. Il rejette fermement les stratégies visant d’abord les applications domestiques, citant des coûts élevés, des capacités limitées et l’absence de normes de sécurité.
Les humains restent au cœur de l’industrie
Jaehoon Chang, vice-président de Hyundai Motor, reconnaît les inquiétudes concernant la perte d’emplois. Il assure néanmoins que du personnel restera nécessaire pour entretenir et former les robots. Chez Kia, filiale de Hyundai, le syndicat avait demandé en 2025 la création d’une instance sur les droits du travail liés à l’IA. Les robots Atlas sont conçus pour prendre en charge les tâches dangereuses et répétitives, réduisant ainsi la pénibilité physique des opérateurs.
L’industrie des humanoïdes connaît une prolifération rapide ces dernières années. Playter observe cependant que le succès dépendra de la maturité commerciale. Boston Dynamics dispose d’équipes dédiées à l’intégration, au service et à la réparation, contrairement aux concurrents qui vendent des plateformes en espérant que d’autres résolvent les applications. Marc Raibert, fondateur de Boston Dynamics et directeur exécutif du Robotics and AI Institute, était présent au CES 2026, soulignant l’importance stratégique de cette annonce. Boston Dynamics collabore également avec le Toyota Research Institute et le Robotics and AI Institute, financé par Hyundai, mais l’impact du partenariat DeepMind sur ces relations reste à clarifier. Le nouveau robot Atlas pourrait-il redéfinir les standards de l’industrie manufacturière mondiale dans les années à venir ?
Source : Boston Dynamics
Illustration en une : Générée avec Nano Banana, à partir d’une photo Mikhail Nilov / Pexels.
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