Frederic Boisdron - Conference - Le CERA

Au mois de mars 2016, Le CERA (voir article) a fait venir Frédéric Boisdron pour une conférence. Celle-ci traitait de la robotique au sens large et de son avenir aux côtés de l’humain. On y découvre un historique des robots suivi d’un état de l’art de la robotique et des technologies associées. La conférence est parcellée de vidéos afin d’illustrer les propos du conférencier.

La conférence a eu lieu à l’ICAM (Institut Catholique des Arts et Métiers) de La Roche-sur-Yon devant 150 personnes, membres de l’association Le CERA mais également de curieux de la robotique.

Le cabinet de conseil Roland Berger a défrayé la chronique il y a quelques jours à propos d’une étude sur les effets de la robotique sur l’emploi. Le constat y est alarmant et ce qui a été retenu par l’ensemble des médias, c’est que les robots allaient supprimer 3 millions d’emplois d’ici à 2025. Les résultats de cette analyse n’est pas à prendre à la légère, une partie des emplois sera effectivement détruit avec la robotisation de notre société, mais ce n’est pas si simple que cela. D’autres paramètres entrent en compte et viennent contrebalancer cette étude incomplète. Je propose même quelques solutions pour que cette troisième révolution industrielle passe en douceur.

Avant toute chose, un robot n’est pas un remplaçant, mais un outil au même titre qu’un marteau ou un ordinateur. Comme l’informatique faisait peur dans les années 70/80, la robotique fait de même à la génération actuelle. A toutes époques, les technologies ont évolué, des métiers ont disparu, mais d’autres sont apparus. Il faut voir l’avenir de l’emploi avec la robotique comme des vases communicants. Les tâches répétitives, ingrates ou dangereuses vont disparaître relativement rapidement, les métiers liés à ces tâches vont faire de même, je rejoins l’étude sur ce point. Mais qui dit nouvelle révolution industrielle, dit nouvel abattage des cartes et de nombreux métiers vont apparaître pour accompagner l’arrivée des robots dans les foyers, dans les loisirs et dans les entreprises. La plupart de ces métiers n’existent pas encore et sont à inventer, aux fils des besoins qui se feront ressentir dans les années et décennies à venir.

Les robots vont d'abord travailler dans des lieux difficiles à atteindre ou dangereux comme les Robonaut 2 dans l'espace.

Les robots vont d’abord travailler dans des lieux difficiles à atteindre ou dangereux comme ces Robonaut 2 destinés à travailler dans l’espace.

La robotique, mais aussi l’impression 3D, les réalités augmentées et virtuelles vont créer un changement profond de notre société dans les décennies à venir, c’est inéluctable. Comme pour l’informatisation et les réseaux, ces domaines arriveront dans nos vies par petites touches. Mais dans 20 ans, quand vous regarderez 2014, vous pourrez contempler le bond géant que nos sociétés auront traversé. La robotique sera partout, dans le monde industriel, dans les commerces et les ateliers des artisans locaux, dans les administrations et ils seront là pour vous proposer de nombreux services pour lesquels vous aurez du mal à vous passer. Le bassin d’emploi qui en résultera sera conséquent et devrait couvrir, au moins en partie, les pertes d’emplois.

Des robots, comme le Baxter de Rethink Robotics, permettent à tout à chacun de programmer facilement un robot. Ces robots destinés à équiper les PME/PMI seront tout à fait utilisables par du personnel ayant peu de qualifications. Des formations professionnelles de télé-pilotage de robots seront disponibles pour remettre à niveau de futurs salariés d’entreprises qui y gagneront un emploi offrant de meilleurs conditions de travail.

La robotique et l’emploi ne sont pas ennemis, bien au contraire. Les robots ne sont pas destinés à nous remplacer, mais à travailler avec nous, dans le même environnement. Les robots industriels tels qu’on les voit dans les documentaires télévisés sont déjà dépassés. Ils doivent être enfermés dans des cathédrales où personnes ne peut entrer de peur de se blesser. De plus ces robots sont davantage des automates que des robots, ils n’ont pas d’autonomie propre et sont incapables de prendre des décisions face à des cas qu’ils ne connaissent pas. Aujourd’hui, ce sont les Cobots qui vont entrer sur le marché des entreprises. Les cobots sont des robots collaboratifs, qui travailleront avec les humains sur les même tâches. Le cobot, par exemple, tient une pièce pendant que l’humain y soude d’autres pièces, un humain pilote un robot à distance comme s’il était sur place (espace, fonds sous-marins, centrales nucléaires), les exosquelette sont également des cobots et ils permettent d’assister l’humain dans ses tâches sans qu’il se fatigue ou ne se blesse.

La robotique permet également un autre phénomène, dit de la robocalisation. Les entreprises qui ont délocalisé leurs outils de productions ont désormais avantage à les relocaliser en France et à utiliser des robots. Cela permettra de gagner en compétitivité tout en rapportant les chaines de fabrication sur le sol français. De plus les frais de transport vers les pays asiatiques disparaîtront. Une fois retournés en France, ces entreprises devront bien évidemment embaucher du personnel sur place, les robots restant uniquement des outils.

robot-restaurant

Un robot suiveur de lignes capable de venir apporter des plats dans un restaurant

Sauf cas de crise majeure (conflits, climat), l’arrivée des robots est une tendance qui ne peut s’arrêter. Si un pays, comme la France, décidait de fermer ses frontières à la robotisation, ce serait mettre délibérément le pays dans une espèce de « tiers monde » qu’il serait très difficile de rattraper ensuite. Il faut plutôt essayer de réfléchir comment faire au mieux pour accompagner la troisième révolution industrielle afin que personne ne soit laissé sur la touche.

Dans mon dernier éditorial sur Planète Robots, avant d’avoir pris connaissance du rapport du cabinet de conseil Roland Berger, je proposais :

« Les robots œuvreront en entreprise, parfois en collaboration avec les êtres humains ; ils apporteront de la productivité par leur travail. Les entreprises pourraient même se mettre à verser des cotisations sociales pour cette activité — ce ne serait pas si absurde —, non pour leur retraite ou leur assurance chômage, mais pour les nôtres… Il est tout à fait imaginable que les robots finissent par payer ces prélèvements sur la valeur ajoutée, tout en demeurant rentablesEt comme ils prennent de plus en plus de place dans l’industrie, leurs cotisations pourraient de plus couvrir en partie (voire complètement) les cotisations sociales des travailleurs humains. Cela peut se faire de manière indolore en les transférant simplement des employés vers les robots, suivant l’évolution de l’équipement. Finalement, ces prestations n’étant plus dues par les salariés, ces derniers coûteraient beaucoup moins cher à leurs employeurs, qui embaucheraient plus de personnel et augmenteraient les salaires. Les salariés pourraient ainsi voir croître leur pouvoir d’achat et donc consommer les produits créés par les entreprises… »

Kawada HRP-3 Promet MK-II

Le robot HRP-3 Promet MK-II est un robot de Kawada, développé pour le monde industriel

La médiatisation de ce débat mettant en exergue le rapport entre emploi et robotique m’a donné du travail. J’ai eu quelques demandes de journalistes extérieurs pour donner mon point de vue sur ce rapport. Dans l’émission écoutable ci-dessous, Bruno Bonnell (président de Syrobo), Fabien Raimbault (PDG de Cybedroïd) et moi-même avons répondu en direct sur l’antenne de Sud Radio, ce mardi 28 octobre dans le cadre de l’émission « Le Grand Referundum » sur Sud Radio.

Même si le rapport du cabinet Roland Berger est incomplet et ne prend pas en compte les apports positifs de la robotique dans les entreprises, il a au moins le mérite de soulever le débat. C’est effectivement dès aujourd’hui que les gouvernements, particulièrement en France, se doivent de s’intéresser à l’arrivée imminente de la robotique et des technologies associées. Il serait grave de faire l’impasse. Mesdames et Messieurs les dirigeants, il est urgent de réfléchir à ces questions dès maintenant.

Le numéro 30 de Planète Robots est désormais en kiosque. Ce numéro 30 coïncide avec les 5 ans de notre magazine et nous sommes fier d’y fêter notre anniversaire ! Dans ce numéro exceptionnel, vous découvrirez tout ce qu’il faut savoir sur la robotique agricole, que ce soit dans l’élevage ou dans les cultures céréalières. On découvre également comment l’impression 3D et la robotique industrielle peuvent être des outils formidables pour l’agriculture.

Autre grand dossier de ce numéro, les kits robotiques parfaitement fonctionnels à construire à la maison ou au bureau à partir d’une simple imprimante 3D. Poppy est un très bon exemple, mais il n’est pas le seul !

Le robot est dans le préLe reste du sommaire propose :

  • Tout sur le challenge Argos 2014, un concours robotique créé par Total afin de faciliter la création de robots qui travailleront sur les plateformes pétrolières.
  • Vous construisez un robot mais vous ne savez pas quelle carte informatique (Arduino, Raspberry Pi, FPGA…) utiliser pour en faire son cerveau, nous avons le comparatif pour cela.
  • Les objets connectés semblent vouloir s’équiper de Linux comme OS, pourquoi et comment ?
  • Mother, la mère de tous les objets connectés.
  • Et si nous avions finalement les moyens de décoller en direction des planètes les plus éloignées de notre galaxie ?
  • Notre sélection de robots et gadgets connectés pour fêter Noël 2014 dignement !

Les kits robotiques imprimables en 3D

 

Cybedroïd, une start-up limousine, s’est spécialisée dans la création de grands robots humanoïdes évolués. Après avoir présenté quelques prototypes déjà fort surprenants à ses débuts il y a 3 ans,  Cybedroïd propose désormais Aria, un robot humanoïde complet, prêt à l’emploi, destiné à l’événementiel. Même si à terme, Aria devrait déboucher dans quelques années sur des robots de service à la personne, le modèle actuel est tout à fait capable d’attirer en masse les visiteurs d’un salon ou d’un centre commercial afin de présenter leurs offres. Ceux-ci développent tout de suite un affect avec le robot.

Aria est capable de repérer les individus dans une foule et de les inviter à s’approcher pour démarrer une conversation. Suivant vos besoins, Aria présentera un produit, une information, tout en regardant son interlocuteur dans les yeux de façon naturelle. Afin de rendre le discours plus humain, il fera même quelquefois un peu d’humour ou proposera de faire un selfie avec lui. Aria est tout à fait capable d’avoir une véritable interaction avec ses locuteurs.

Aria Audi Cybedroid

Aria et Cybedroid s’effacent au profit de votre enseigne

La grande force de l’offre de Cybedroïd, ce n’est pas de faire du co-branding entre vous et Aria, mais de vraiment mettre votre marque ou votre offre en avant. La prestation du robot est accompagnée d’un re-carrossage complet à vos couleurs. Aria est louée pour des événements de quelques heures à plusieurs mois en utilisant le principe de la marque blanche. Au final, ce n’est plus Aria et Cybedroid qui sont sur votre stand, dans votre magasin ou animant un événement d’envergure. A la place, c’est un robot à vos couleurs, avec votre logo ou celui de votre produit, qui se présente et attire avec succès le visiteur. La prestation offerte par Cybedroid inclue donc le développement de la coque personnalisée.

C’est ainsi que, récemment, Aria s’est teint du rouge Audi pour animer des soirées réservées aux concessionnaires de la marque aux anneaux. Les personnes présentes à l’événement se sont prêtées au jeu photo avec Aria et celui-ci a fait ressortir son côté humain en faisant rire et sourire à chaque fois qu’il prononçait : « J’arrête avec les mojito sinon je ne me contrôle plus », une phrase que l’on ne s’attend pas à entendre de la part d’un robot. Certains concessionnaires ont même demandé des dédicaces vidéos avec le robot afin de l’envoyer à leurs proches.

Aria entre dans les écoles

A côté de son activité événementielle, Aria commence à entrer dans les écoles d’informatique et de robotique, à travers des modules comme des têtes qui servent de plateformes de développement pour des applications robotiques. Des passionnés ou des porteurs de projets s’équipent également dans le but de prototyper des idées d’interactions et certains proposent même déjà leurs propres prestations dérivées.

Photos : © HTM Production.

Le robot Pepper en pleine conversation avec une jeune femme au petit déjeuner

Ce 20 septembre, Aldebaran Robotics et SoftBank ont annoncé les tarifs du futur robot Pepper dans sa version destinée aux développeurs. Avant sa sortie prévue pour le grand public, une première cuvée sera ainsi livrée aux développeurs qui voudront créer des applications. C’est durant le Pepper Tech Festival à Tokyo que cette annonce a été faite. Le pack « Pepper Creator Edition » a été annoncé à 198 000 Yens (soit environ 1 420 Euros) auquel il faudra ajouter un abonnement de 36 mois d’une valeur de 9 800 Yens (soit 70 Euros environ). Le coût total d’acquisition de ce robot destiné aux développeurs est donc de 550 800 Yens (environ 3 950 Euros).

Contenu de l’offre

Outre Pepper et sa base de chargement, ce tarif inclut bien évidemment le kit de développement d’applications (SDK) comprenant un ensemble d’API pour contrôler le robot ainsi qu’un IDE graphique (Choregraphe) compatible avec les autres robots d’Aldebaran : Nao et Romeo. Ce ne sont pas moins de 1 350 librairies (méthodes et événements) qui sont déjà incluses dans le SDK, ce qui permet au développeur de se concentrer sur la création d’applications sans avoir à se soucier du contrôle pas à pas du robot. Si vous préférez, il est également possible d’avoir accès aux données brutes des capteurs afin d’optimiser certaines actions. L’offre vous permet également d’accéder aux services en ligne de type « cloud » créés pour le robot. Ainsi, Pepper pourra améliorer sa reconnaissance vocale en accédant à l’application en ligne. Tout le long de ces 36 mois, Aldebaran s’engage à ce que votre robot soit toujours au top en s’occupant de remplacer toute pièce défectueuse dans les plus brefs délais. En fin de vie du robot, Softbank proposera de vous débarrasser du robot afin de le recycler.

Calendrier des disponibilités

Ce « Pepper Creator Edition » est dans un premier temps limité à 200 unités. Ce seront tout d’abord 100 robots en phase Beta qui seront disponibles, à la location seulement, à partir d’octobre 2014. On suppose qu’ils seront remplacés plus tard par les modèles finaux lorsque ceux-ci seront prêts. Ensuite, 100 nouvelles unités finales seront livrées à partir de novembre à destination des développeurs uniquement, les 1 200 personnes étant présentes au Pepper Tech Festival ayant la priorité. Vous vous en doutez bien, il y a déjà 500 personnes sur la liste d’attente pour cette première phase, inutile de contacter Aldebaran Robotics ou Softbank pour vous en procurer un. Le site destiné à accueillir les pré-commandes a d’ailleurs disparu de la toile à l’heure où j’écris ces mots.

La version grand public de Pepper devrait être proposée à un prix plus bas, suite à sa fabrication en grande série chez Foxconn (oui, comme l’iPhone) et sa très large distribution. Le robot devrait d’abord être disponible au Japon à partir du mois de février 2015 chez Softbank. Plus tard dans l’année (probablement dans le 3e trimestre 2015), Pepper sera distribué aux Etats-Unis dans les magasins Sprint, appartenant à Softbank. Quant à l’Europe, malgré l’origine parisienne du développement du robot, il ne nous sera pas accessible avant la fin de l’année 2015. Le canal de distribution européen est à ce jour encore inconnu.

Espérons seulement que la version grand public soit également accompagnée du SDK permettant à tout un chacun de reprogrammer son robot, et pourquoi pas revendre ses créations !

pepper-prix

[About-Robots]

Depuis 2005, Aldebaran Robotics représente le symbole de la robotique humanoïde à la française. Appuyé désormais par les capitaux japonais de Softbank, l’entreprise a déjà montré ce qu’elle savait faire et est même le leader de la robotique humanoïde avec la vente de plus de 5 000 Nao à travers le monde. Ce ne sont pas moins de 3 robots humanoïdes qu’Aldebaran Robotics propose désormais dans son escarcelle.

Nao, le robot le plus connu et le plus représentatif de l’entreprise parisienne, est un petit humanoïde de 58 cm de haut. Il équipe déjà de nombreuses écoles, centres de recherche et entreprises. Il a fait le tour du monde sur le bateau de Tanguy de Lamotte lors du dernier Vendée Globe et devient même chroniqueur sur « Salut les Terriens » sur Canal+ avec Thierry Ardisson. Nao, premier robot développé par la société, a déjà conquis de nombreuses personnes qui attendent une version grand public pour s’en équiper. Le prix actuel est d’environ 5 000 Euros.

En 2010, le projet Romeo a été lancé par Aldebaran et un ensemble d’entreprises françaises, dans le but de créer un humanoïde de grande taille (1m40). Celui-ci reprend les caractéristiques de Nao mais les adapte à la taille du nouvel opus. C’est cette année, lors du salon Innorobo 2014, que Romeo est enfin présenté au public. Il devient la vitrine technologique d’Aldebaran Robotics, un peu comme une Formule 1 représente les capacités d’une marque automobile. A terme, plus ou moins lointain, Romeo pourrait servir de base pour un robot à destination des personnes âgées.

Début juillet 2014, Bruno Maisonnier, PDG d’Aldebaran Robotics, surprend toute la profession en présentant Pepper, un robot semi-humanoïde d’1m20 de haut, monté sur roues. La grande nouveauté de Pepper est sa proche disponibilité pour le grand public, courant 2015, pour un tarif extrêmement bas, moins de 2 000 dollars. Ce robot se veut être le premier véritable robot à entrer massivement dans les foyers. Afin d’aider les ambitions d’Aldebaran Robotics, Pepper est produit par Foxconn, le fabricant chinois derrière les appareils Apple (iPhone, iPad…). Pepper devrait créer le marché de la robotique de service à la maison dès l’année prochaine, entraînant probablement l’arrivée proche de concurrents un peu partout dans le monde, visant ce même marché hautement lucratif.

Fait intéressant, le langage de programmation est commun aux trois robots. Les programmes développés pour un robot se voient compatibles avec les autres. C’est le système d’exploitation qui gère les différences physiques entre chaque robot. Grâce à des sociétés comme Aldebaran Robotics (mais pas que), la France fait partie des grands leaders de la robotique dans le monde, au même titre que le Japon ou la Corée du Sud.